Note d’intention

NOTE D’INTENTION

« Quand j’ai décidé de monter Les Mots à la Douche, j’avais juste l’image du rideau de douche. Ce n’est que plus tard que la salle de bain s’est imposée à moi. J’avais le désir de transformer ce lieu commun en zone de l’imaginaire. Parce que la douche est souvent propice aux divagations de l’esprit et qu’elle est largement inscrite dans notre quotidien -du moins a priori-, je souhaitais en faire le lieu de tous les possibles. Et c’est tout naturellement que j’ai imaginé une colocation d’artistes, dotée d’une grande salle de bain commune à double entrée, permettant la confrontation de l’intime et du partage, mais aussi la naissance d’une forme de vaudeville. Grâce au voyage de l’esprit et à la magie du théâtre, les personnages embarquent le public dans leurs visions délirantes et leurs pensées débridées. Je voulais du rythme, du mouvement, de la musique et des auteurs français phares de notre Culture.

Amoureuse de la langue française et friande de comédies, j’ai voulu me faire plaisir (tant qu’à faire !), c’est pourquoi j’ai pioché dans mon répertoire de saveurs théâtrales, à savoir Ribes, Desproges, Tardieu, Dac, Feydeau et Dubillard. Ces six auteurs ont la capacité de nous faire rire, mais toujours avec modernité, élégance et une touche de poésie. Bien qu’évoluant dans des univers frôlant l’absurde, leurs personnages savent nous émouvoir, nous toucher et, contre toute attente, ils nous ressemblent.

Que ce soit dans la maladresse de l’apprenti-élève en self-défense de Rolland Dubillard, dans le prosélytisme absurde, jouissif et pathétique du Monsieur qui n’aime pas les monologues de Georges Feydeau, le cynisme absurde là-encore et poétique de l’orateur d’Ondine selon Pierre Desproges,  la voracité nymphomane de Phèdre vue par Pierre Dac, ou encore dans ce couple aux abois, de Jean-Michel Ribes, en pleine Tragédie à la sortie de la Comédie Française, et tout ça à cause d’un malheureux petit « bravo »… leurs personnages nous font rire. Mais le rire se transmet avant tout par l’identification. Ils sont le reflet de nos travers ou de nos doutes. Leurs tragédies deviennent notre exutoire. Et leurs détresses notre plus grand bonheur.

Mais avant tout, cela reste de l’humour. Parce qu’aujourd’hui, nous avons besoin et de nous faire plaisir et de faire plaisir aux autres. De les faire rire. Nous avons Oh combien besoin du rire ! Toutes générations confondues. Enfin, il s’agit de mon opinion et de mon choix. Toutefois, je ne souhaitais ni le vulgaire, ni le cruel, je leur préfère le bienveillant, le délicat, le délectable et le subtil. Et plus encore, je voulais adresser ce spectacle au plus grand nombre, dans un souci de théâtre populaire.

Côté scène, il y avait la question du fil rouge : comment lier ces différents textes, ces différents auteurs entre eux. J’avais décidé de clôturer le spectacle sur « Tragédies » de Ribes, où les deux protagonistes vienne de voir Phèdre de Racine, à la Comédie Française. Et de fil en aiguilles, en remontant dans le temps et dans l’histoire, les textes ont su trouver leur place logique. Au fil des saynètes aux genres divers et variés (boulevard, vaudeville, absurde, comédie), des improvisations, musiques et chants viendront s’ajouter subtilement à ce mélange déjà haut en couleurs.

Pour incarner les différents personnages, il y aura trois comédiens, 1 homme et 2 femmes. Côté scénographie, je voulais que la salle de bain soit suggérée, sans aller dans le naturalisme. Mais surtout je voulais qu’il y ait comme une forme de magie. Que les objets et costumes suivent le mouvement de l’esprit, et ce, toujours dans la suggestion. Et c’est dans ce sens, que nous avons travaillé avec Hannah Harper, jeune scénographe, mais pleine de promesses. C’est pourquoi le lavabo se transforme en colonne grecque ou en piano et c’est pourquoi un peignoir apparait soudain en robe XIXème. Les meubles, en bois, sont tous posés sur des supports en bois roulants, et selon leur disposition et leur orientation, ils ont différentes utilités. Lavabo, bidet, tabouret, placard et toilettes sont tous identifiables grâce à des formes découpées dans du contreplaqué. En fond et au centre de la scène, seule forme immobile au milieu de tout ce fatras mouvant, le rideau de douche, sert également à projeter images, ombres et couleurs, donnant ainsi des « touches » variables selon les scènes. Pour les costumes, l’idée est que chaque personnage soit défini par une couleur, en prolongement des couleurs de l’affiche, mais qu’une matière unique les habille, ou entièrement, ou par bribes. La matière devait évoquer la serviette de bain. Nous sommes donc allées dans ce sens et le nid d’abeilles, entre autres, s’est avéré la meilleure option.

Côté musique, des enregistrements débuts du siècle accompagnent le jeu, pour retrouver, le temps d’un spectacle, le plaisir d’un son disparu, celui du vieux vinyle et des R roulés. Les spectateurs pourront entendre aussi bien Yvette Guibert, Paulette Darty, Félix Mayol, Jean-Paul Egide, Dalbret, mais aussi Jacques Offenbach et Wolfgang Amadeus Mozart…

La pièce pourra aussi bien être jouée dans les théâtres, que dans les lycées où les auteurs sont souvent étudiés au baccalauréat, ou dans les maisons de retraite. Ce spectacle, intergénérationnel, saura ravir jeunes et moins jeunes. »

Ambre Kuropatwa